Montréal, le 20 janvier 1898

Cher petit-fils

Je ne veux pas laisser finir ce mois de janvier sans te faire part du bonheur que j'ai eu en recevant ta lettre. Je me suis dis, si je n'ai pas le bonheur de le voir en personne, au moins je vois sur le papier les doux mots qu'il a tracés de sa main pour me prouver qu'il ne m'oublie pas.

Le premier jour de l'année s'est passé comme de coutume. J'ai eu le bonheur de voir tous mes enfants et petits-enfants mais, cher petit-fils tu n'y étais pas. Ma pensée était bien près de toi, ton absence me faisait de la peine mais je m'en reconsole par la pensée que ton absence est fondée sur de bons principes auxquels j'espère que Dieu bénira tes entreprises qui sont d'une grande importance. Mais il faut tout espérer de celui qui ne refuse rien à ceux qui mettent en Lui leur confiance. Je ne me permet pas de t'en dire davantage sur ce sujet car je connais tes desseins et je prie Dieu tous les jours pour toi.

Il faut que je termine en te disant que toute la famille sont en bonne santé et que j'espère qu'il en est ainsi de toi, que tu jouisse d'une heureuse santé, que tu vas devenir un gros et grand homme afin de devenir un missionnaire vigoureux qui bravera sans crainte les fatigues et les misères des missions. Je finis enfin en te faisant les meilleurs souhaits qu'une grand-mère puisse faire à un petit-fils qui est éloigné d'elle et qui ne l'oublie pas.

Je te prie d'excuser le style de ma lettre, d'excuser ma mauvaise écriture et mes manques d'orthographe car à l'âge où je suis, ma mémoire me devient infidèle et mes doigts refusent de bien conduire ma plume, elle se refuse de bien faire ce que j'ai fais bien souvent, mais malgré ce qui me manque je remercie Dieu qu'il me soit donné de pouvoir me servir moi-même.

Mes plus tendres amitiés à toi cher petit-fils.

Ta G. Mère Dame Martin Fervac

Ne m'oublie pas dans tes prières,

sois assuré des miennes.


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